La fragilité dans le grand âge

La notion de fragilité

« Voici plusieurs décennies déjà, la notion de fragilité est apparue dans la réflexion médicale, mais la littérature scientifique qui lui est consacrée se développe surtout depuis les années 1990 (Hogan et al., 2003). Initialement étudiée par la recherche bio-médicale, la fragilité est devenue l’objet central de nombreuses discussions aussi dans les sciences sociales. Malgré la multiplication de travaux sur la question, il n’existe pas, à ce jour, de définition consensuelle de la fragilité. Le terme de fragilité est encore souvent employé abusivement pour désigner un problème spécifique de santé physique ou mentale (maladies chroniques ou graves, dépression, affaiblissement cognitif), des besoins particuliers d’une catégorie de la population âgée (institutionnalisation, besoin d’aide formelle ou informelle, dépendance envers autrui dans l’accomplissement des activités de la vie quotidienne) ou encore comme synonyme de vieillissement (Strawbridge et al., 1998).

Certaines études se rejoignent néanmoins dans la définition qu’elles donnent de la fragilité. Celle-ci correspondrait à une forme de « vulnérabilité » aux défis de l’environnement (Fretwell, 1994; Strawbridge et al., 1998), à une perte de résilience qui altère la capacité de l’individu à préserver un équilibre donné avec son environnement – « équilibre précaire facilement rompu » – mais aussi de rétablir cet équilibre quand il est affecté (Rockwood, 1997). Hamerman (1999) parle d’« homéostasie qui s’altère suite à des stress multiples ».

Cette vulnérabilité ou faiblesse générale se manifeste selon ces auteurs par un ensemble de symptômes touchant divers domaines de la santé. La fragilité pourrait donc être définie comme une notion multidimensionnelle. Les études adoptant cette définition multidimensionnelle identifient les symptômes de la fragilité dans différents domaines tels que la santé physique ou cognitive, l’état nutritionnel, le métabolisme énergétique (Fried et al., 2001; Lebel et al., 1999; Mitnintski et al., 2002). A ces dimensions, Strawbridge et al. (1998) ajoutent le domaine sensoriel dans lequel les symptômes de la fragilité sont également à identifier. Quant à Guralnik et Simonsick (1993), ils conceptualisent la fragilité par la combinaison d’atteintes physiques, cognitives, sensorielles, de troubles émotionnels et d’isolement social. De ce fait, en définissant la fragilité par des déficiences touchant plusieurs domaines de la santé, ces auteurs distinguent la fragilité des problèmes spécifiques de santé tels que les incapacités fonctionnelles. »

aRisque de dépendance accrue

« La fragilité se caractérisant par un risque d’aggravation de l’état de santé et d’entrée dans la dépendance, par un risque accru de chutes, de pathologies en cascade, menant à l’hospitalisation puis au décès (Bortz, 2002), nous chercherons à démontrer que les personnes distinguées comme fragiles par l’indicateur de fragilité construit précédemment sont effectivement plus à risque que les personnes non fragiles. Pour ce faire, nous distinguerons l’état de fragilité de celui d’incapacité fonctionnelle, lequel a été déjà largement documenté comme une situation à risque. « 

Laisser un commentaire

Or